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Eloge du voyage pour re-découvrir la dimension universelle des droits de l’Homme.

Un an après, nous publions à nouveau l’article de Minga sur les raisons de son engagement comme co fondateur de la coopérative Les oiseaux de passage.

Pour un certain nombre d’adhérents à Minga, le voyage a occupé une place importante dans l’envie de créer une entreprise. La rencontre avec d’autres cultures, d’autres modes de vie, d’autres versants de la mondialisation, d’autres rapports au temps, à l’environnement, au corps même, suscite parfois de vives interrogations et de fortes remises en question qui se trouvent au fondement de nombreux projets d’entreprise.

Car le voyage, c’est l’occasion de découvrir le poids de son propre héritage culturel et historique, de voir combien il est facile de passer des checkpoints avec un passeport européen alors que la réciproque n’est pas possible pour celui qui vous accueille, de réaliser qu’à certains endroits du globe (et parfois moins loin qu’on ne le pense), les risques encourus par des fournisseurs qui partagent des convictions avec vous sont loin de n’être que matériels, que la division internationale du travail, ce n’est pas qu’un concept universitaire.

Le voyage, c’est découvrir à proximité un territoire, une ville que l’on croit connaître parce que l’on y vit et qui peut tout autant nous surprendre, notamment quand l’on découvre qu’elle n’échappe pas aux dégâts causés par l’industrie du tourisme et le marketing territorial qui éloigne la misère, ou en vante le caractère « exotique », plutôt que de la combattre.

Le voyage, c’est aussi découvrir l’usure des lieux qui ne vivent que du tourisme et accueillent certains visiteurs qui ne quittent pas leur tablette des yeux pour se géolocaliser et emprunter des chemins menant à des lieux folklorisés en croyant s’écarter des sentiers battus à la recherche d’une « authentique » rencontre avec un Habitant ou des lieux immaculés. C’est suivre le même type de rêve de jardin d’Éden qui mène à croire aux vertus des nouveaux paradis artificiels bâtis pour divertir, le temps d’un loisir, d’une réalité qui reste partout ailleurs de plus en plus difficile à vivre, à commencer par ceux qui sont mal-logés, travaillent, se déplacent ou sont accueillis (quand ils le sont…) dans des conditions indignes (1).

Les dégâts écologiques, sociaux et culturels engendrés par l’industrie du tourisme, associés à la peur des attentats, sont tels que cela pourrait conduire à s’abstenir de voyager ou de sortir de chez soi. Face à la crise des réfugiés qui menace le cœur du projet politique européen, de multiples formes idéologiques hideuses de l’humanité ressurgissent à travers des replis identitaires à caractère religieux et nationaliste. Pour autant, le pire n’est pas forcément à venir et pour éclaircir l’horizon, le voyage apparaît bien plutôt comme une impérieuse nécessité d’intérêt général.

Celle de comprendre le caractère universel des droits de l’Homme face à des courants réactionnaires qui considèrent que toutes les cultures se valent (mais chacun chez soi) .

Celle de réaliser que les droits de l’Homme, et notamment l’article 23, restent le point d’appui de nombreuses luttes en Asie, en Chine, en Inde, en Tunisie… menées pour défendre des droits et notamment les droits sociaux qui se rattachent au monde du travail et des métiers (2).

Celle de vouloir défendre, partout, une économie fondée sur le développement local de lieux de production et de commerces de proximité, variés, générateurs d’activités et d’emplois de qualité.

Celle qui revient à véritablement cultiver l’hospitalité des territoires, en s’écartant notamment du modèle économique du Big Data où l’espionnage du client, la captation de données, est plus importante que la qualité d’un service.

Comment voyager sans user les lieux ni épuiser leurs ressources ? Comment favoriser le développement d’activités touristiques qui ne rende pas les habitants d’un territoire dépendants exclusivement de l’activité touristique ? Comment se mettre, mais avec un billet de retour dans la poche, à l’égal de ses hôtes ? Comment favoriser des rencontres qui ne se réduisent pas au temps du voyage mais trouvent un prolongement tel dans la vie de tous les jours qu’on éprouve moins le besoin de s’en évader ?

Telles sont les raisons qui ont conduit Minga, la coopérative Hôtel de nord et Ekitour, à fonder la coopérative Les oiseaux de passage pour développer des services numériques qui favorisent des relations d’habitants à habitants, d’hôtes à hôtes, d’humains à humains, et donnent corps à l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

(1) http://www.minga.net/non-au-parc-de-loisirs-europa-city/

(2) Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. 2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. 3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. 

 

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