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Le droit au voyage pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui

Le droit au voyage, « de se mettre en chemin », n’existe pas en tant que tel. La déclaration des droits humains reconnaît le « droit à la libre circulation des personnes » et le « droit aux congés payés ».

Montaigne disait qu’il fallait voyager « pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui » pour avoir davantage « une tête bien faite que bien pleine ». Pour lui, la capacité de jugement s’éveille et s’exerce par la fréquentation des oeuvres savantes comme par la vie sociale et le voyage. Aujourd’hui, est il encore possible de voyager ?

La question paraît paradoxale tant les raisons – professionnelles, climatiques, touristiques, économiques ou politiques – qui amènent à se rendre « dans un autre lieu » ne cessent d’augmenter. Mais est-ce l’occasion de se « frotter la cervelle à celle des autres » ?

Celons l’organisation mondiale du tourisme, 1,8 milliard de touristes se déplaceront dans le monde chaque année d’ici à 2030. Ces riches voyageurs, car ce serait oublier que les vacances demeurent un privilège et restent fortement discriminatoires, ne vont pas forcement rencontrer l’autre, cela relève maintenant du tourisme « de niche ». A l’opposé de cette « mobilité de loisir » qui n’a jamais autant été valorisée, les migrations et les exils sont eux partout combattus comme le constate l’anthropologue Saskia Cousin. Sans oublier celles et ceux à qui la « libre circulation » est refusée tout comme celles et ceux pour qui le « droit aux vacances » reste inaccessible.

Pour reprendre la sociologue Anne-Catherine Wagner, le voyage semble être devenue le privilège des élites contemporaines qui transmettent à travers les voyages des savoir-faire et des savoir-être « socialement discriminants » à leurs enfants : « Une connaissance des langues, une ouverture sur les autres cultures et une propension à la mobilité » qui prépare aux « positions de pouvoir ».

Et pourtant, c’est bien parce que le monde bouge et parce que les tensions augmentent au fur et à mesure de l’afflux des réfugiés comme des touristes qu’il faut se frotter la cervelle contre celle des autres, passer de l’hostilité à l’hospitalité. C’est une question d’humanité.

Aux oiseaux de passage, la proposition est de saisir chacune des occasions de « voyager », ici et là-bas, que l’on soit accueillit ou accueillant, pour « frotter sa cervelle à celle des autres », à leurs histoires, langues, croyances, coutumes et certitudes pour ensemble reconfigurer notre rapport au monde et apprendre à co exister pacifiquement.

Pour pouvoir se limer mutuellement la cervelle, il faut déjà en avoir l’envie, l’occasion et les moyens. Sur les oiseaux de passage sont présents celles et ceux qui ont fait le choix d’exercer leur métier dans un soucis d’hospitalité et de dialogue. Des personnes cooptées qui partagent autant leurs offres d’hébergement et d’activité que leurs histoires, créations, balades et conseils.

Mettre sur une même plateforme des grandes destinations de voyage avec les banlieues et la ruralité, les aides aux départs comme les séjours scolaires, les foyers de jeunes travailleurs avec les auberges de jeunesse, les hôtels familiaux et l’accueil chez l’habitant, les artistes avec les producteurs locaux et les guides, bref penser « hospitalité » plutôt que « tourisme » soulève des questions techniques, ergonomiques comme politiques. La coopérative Les oiseaux de passage met en débat ces problématiques et expérimente collectivement des réponses possibles.

Autrefois il existait en latin plusieurs manières de nommer le voyage en itinérance (iter), en pèlerinage (peregrinatio), en navigation (navigatio) ou en chemin (via), comme le voyageur du touriste jusqu’au vagabond. Les oiseaux de passage se veut la promesse d’un voyage d’humain à humain.

Pour nous y aider, vous pouvez participer à la cagnotte mise en ligne afin de nous aider à créer des outils de communication (reportage, livre, événementiel…) pour ouvrir le débat sur le droit au voyage.

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